Millet à Barbizon

Vint 1849 et l’épidémie de choléra. Millet, Catherine Lemaire et leurs trois enfants partirent avec la famille de Charles Jacque chercher refuge à l’orée de la forêt de Fontainebleau, à Barbizon, petit hameau de la plaine de Chailly où des peintres venaient déjà travailler « sur le motif ».

"Nous avons pris, Jacque et moi, la détermination de rester ici pendant quelque temps, et nous avons conséquemment loué une maison pour chacun de nous. Les prix sont excessivement différents de ceux de Paris; et comme, si on y a besoin, on peut s'y transporter très rapidement, et d'ailleurs le pays étant superbement beau, nous travaillerons plus tranquillement qu'à paris et peut-être ferons-nous de meilleures choses. Somme toute, nous avons le désir de rester ici quelque temps".*

Parti pour quelques semaines, il y passera le restant de sa vie et c’est là qu’il produira l’essentiel de son œuvre. Il y trouvera un lieu, un paysage, des amis, un hameau de paysans qui lui évoquait son village natal et une ambiance de peintres, qui, tout comme lui, luttaient pour s’imposer dans un courant, qu’on a appelé plus tard « l’Ecole de Barbizon ».

"Si vous voyez comme la forêt est belle! J'y cours quelquefois à la fin du jour et après ma journée, et j'en reviens à chaque fois écrasé. C'est d'un calme, d'une grandeur épouvantables, au point que je me surprends ayant véritablement peur. Je ne sais pas ce que ces gueux d'arbres là se disent entre eux, mais ils se disent quelque chose que nous n'entendons pas, parce que nous ne parlons pas la même langue, voilà tout. Je crois seulement qu'ils font peu de calambours".

A son arrivée, il loue une petite maison et une grange où il aménage son atelier. Quelques années plus tard, il annexe à l’atelier les deux pièces encore existantes, la salle à manger et la cuisine (anciennement l’atelier de Charles Jacque). Il n’y a plus de trace de la petite maison qui est tombée en ruine.

Dans ce hameau de bûcherons et de pauvres laboureurs, il vivra entre son atelier et son potager, élèvera ses neuf enfants et ne cessera de réfléchir aux liens de l’homme et de la nature. Et c'est à Barbizon qu'il est devenu le peintre qu'il voulait être, le peintre paysan. C'est cette période-là qui a fait la réputation mondiale de l'auteur de l'Angélus.

Très affaibli, il meurt le 20 janvier 1875 dans cette maison. Trois semaines auparavant, le curé avait accepté de le marier religieusement à Catherine Lemaire, la mère de ses neuf enfants, qu’il avait épousée civilement en 1853, quelques mois après la mort de sa mère.

* Première lettre de Millet à Sensier de Barbizon, le 28 juin 1849.

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Jean-François Millet, l'Angélus, Musée d'Orsay