L'Atelier de Millet

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C’est ici, dans cet atelier, orienté au nord, que Millet a élaboré ses principaux chefs d’œuvre : l’Angélus, les Glaneuses, l’Homme à la houe, le Semeur, la Précaution maternelle, le Printemps… Millet a aménagé au fil des années ce qui n’était au départ qu’une grange. Ainsi la haute baie vitrée, le toit de tuiles et le plancher sont-ils de l’initiative du peintre qui avait, dans un premier temps, posé son chevalet dans un entresol assez malsain qu’il appelait sa « crapaudière ».

Dans cette salle, restée dans l’état où sa veuve et les héritiers de son propriétaire l’ont laissée, vous serez surpris par l’impalpable présence du peintre: la lumière même de ses tableaux. Car Millet peignait en atelier des scènes qu’il recomposait à partir de souvenirs, d’observations et de croquis, de mannequins habillés ou, le plus souvent, de modèles vivants. Il aimait, pour les rendre immuables, arrêter les gestes de l’homme au travail et, pour leur donner une portée universelle, « silhouetter » ses  personnages. Maître du clair-obscur et des zones d’ombre, il sait aussi rehausser son tableau de tons délicats et de touches raffinées. « Fils de paysan et peintre des paysans », il était - avec Eugène Delacroix - l’un des artistes les plus cultivés de son époque. Une photo de la « Belle Marie », prise par Esparcieux père, garde le souvenir de celle qui posa - alors qu’elle avait dix-sept ans - pour l’Angélus. Elle se trouve en regard du chevalet, surmonté d’un bateau, évocation des chalutiers qu’on utilisait à La Hague, en Normandie, pays natal de l’artiste et dont il garda toujours la nostalgie.

A gauche de la porte d’entrée, deux planches rassemblent les précurseurs et les contemporains de ce foyer artistique qu’un critique anglais nomma, pour le différencier de l’Ecole de Fontainebleau, Ecole de Barbizon. Parmi eux se trouvent les premiers défenseurs de Millet, dont l’éminence grise, Théodore Rousseau, ses deux amis américains venus de Boston, William Morris Hunt et William Babcock qui ont largement contribué à sa gloire internationale, puis des amis comme Diaz, Daubigny, Corot, Jacque, Ziem, Barye, et des suiveurs venus des quatre coins du monde rejoindre ces précurseurs paysagistes. 

De l’autre côté de la porte, une planche avec les portraits d’une nouvelle génération d’impressionnistes qui, à partir de 1860, ont repris le flambeau des peintres de Barbizon.

Collectionneur, Millet avait accumulé toutes sortes d’objets. Une tête de l’antiquité égyptienne et plusieurs petits Bruegel l’Ancien passèrent entre ses mains. Il affectionnait aussi les estampes japonaises, les scènes médiévales, les dessins de Delacroix et les estampes de Rembrandt.

Témoins de cette curiosité, les deux magots d’art populaire (statuettes en bois dont l’une appartient à la série « ne rien voir », « ne rien entendre », « ne rien dire »). La présence de ces objets pour lesquels il avait eu un coup de cœur, l’aidait à suivre sa propre manière. Ils visent ici à reconstituer ce « mondo Millet » qui fait le charme de la maison.

A part la fidèle copie du grand Théodore Rousseau par Eugène Masson et les copies de deux pastels de Millet réalisées par Lucien Lepoittevin, toutes les œuvres présentées dans l’atelier sont des originaux.

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